Lithiase biliaire et complications

274
  •  La fréquence de la lithiase vésiculaire dans les pays occidentaux est d’environ 20 %. Elle augmente avec l’âge pour atteindre 60 % après 80 ans.
  •  Près de 80 % des sujets ayant un calcul vésiculaire n’ont jamais aucun symptôme. Réciproquement, un calcul vésiculaire se complique dans 20 % des cas.
  •  Dans un cas sur deux, cette complication est la migration du calcul dans le canal cystique ou la voie biliaire principale.
  •  On peut donc estimer que 2 à 4 % des Français sont susceptibles de développer au moins une complication nécessitant une exploration de la voie biliaire principale.

Facteurs de risque

Il existe 3 types de calculs biliaires : cholestéroliques (80 %), pigmentaires (20 %), mixtes.Les calculs cholestéroliques sont favorisés par :

  •  un excès de sécrétion biliaire de cholestérol (origine ethnique ou génétique, grossesse) ;
  •  un défaut de sécrétion biliaire des facteurs solubilisant le cholestérol : diminution des phospholipides (par exemple, dans le cadre d’une mutation du récepteur MDR3 lors d’un syndrome LPAC) ou des sels biliaires (résection iléale ou maladie iléale) ;
  •  une rétention ou hypomotricité vésiculaire (grossesse, obésité, perte de poids, jeûne, âge).

Tous ces facteurs concourent à une augmentation de la concentration biliaire en cholestérol et donc à la sursaturation, puis à la nucléation et enfin à la précipitation lithiasique.

Les facteurs de risque de la lithiase biliaire cholestérolique sont :

  •  l’âge ;
  •  le sexe féminin ;
  •  le surpoids (et les variations importantes de poids) ;
  •  la multiparité ;
  •  le jeûne prolongé (ex. : 100 % des malades en nutrition parentérale totale ont une lithiase vésiculaire au bout d’un mois) ;
  •  certaines ethnies (rares en France) ;
  •  l’hypertriglycéridémie et certains médicaments (hypocholestérolémiant de type fibrate, œstrogènes).

La lithiase pigmentaire est due à une déconjugaison de la bilirubine qui est soluble sous forme conjuguée et insoluble sous forme déconjuguée.

Les facteurs de risque de la lithiase pigmentaire sont :

  •  l’augmentation de production de la bilirubine (maladies hémolytiques, médicaments) ;
  •  les infections biliaires ;
  •  les obstacles biliaires (sténose bénigne ou maligne de la voie biliaire principale) ;
  •  certaines origines géographiques (infections parasitaires, causes génétiques et facteurs méconnus).

Dépistage

Malgré sa fréquence, le dépistage de la lithiase vésiculaire n’est pas indiqué. En effet, la probabilité cumulée de complication d’une lithiase vésiculaire est de 20 %. Un dépistage systématique serait donc inutile chez 80 % des patients. La découverte fortuite d’un calcul vésiculaire asymptomatique ne conduit, dans la plupart des cas, à aucun traitement.Le dépistage de la lithiase cholédocienne est lui aussi inutile.

Diagnostic de la lithiase vésiculaire symptomatique

Les symptômes ou complications de la lithiase vésiculaire sont variés. Le symptôme le plus typique est la colique hépatique. Elle est due à la mise en tension brutale des voies biliaires, par blocage transitoire d’un calcul, soit dans le canal cystique, soit dans la voie biliaire principale.Typiquement, la colique hépatique est une douleur brutale souvent intense, permanente, siégeant dans l’épigastre (2/3 des cas) ou l’hypochondre droit, inhibant l’inspiration forcée et irradiant vers l’épaule droite ou la fosse lombaire droite. Elle dure de quelques minutes à plusieurs heures. La colique hépatique simple n’est par définition pas associée à un syndrome infectieux ou à une rétention biliaire prolongée (ictère) puisque le blocage lithiasique est transitoire.

L’examen clinique doit chercher un signe de Murphy c’est-à-dire une douleur provoquée lors de l’inspiration forcée, par la palpation de l’aire vésiculaire (jonction des arcs costaux et du bord externe droit des grands droits de l’abdomen).

La biologie montre une élévation plus ou moins importante des transaminases (ALAT, ASAT) qui témoigne de la migration lithiasique. Cette élévation peut être importante et très fugace (normalisation ou forte diminution en 48 heures). En revanche, les enzymes de la cholestase (γ-GT, PAL) sont rarement élevées en l’absence d’un obstacle biliaire persistant.

L’imagerie de première intention est l’échographie (fig. e13.1). Elle montre avec une sensibilité (95 %) supérieure au scanner ou à l’IRM, des calculs vésiculaires même de toute petite taille (1 à 2 mm). L’examen permet de chercher une dilatation de la voie biliaire principale qui pourrait témoigner d’un obstacle persistant et des signes associés de complication : cholécystite (épaississement des parois vésiculaires) ou de pancréatite aiguë.

Lithiase vésiculaire compliquée

La lithiase symptomatique correspond à la colique hépatique et la lithiase compliquée à une complication infectieuse, obstructive ou pancréatique : cholécystite aiguë, angiocholite, pancréatite aiguë (tableau 13.1).
Tableau 13.1 Manifestations de la lithiase symptomatique et compliquée.
Douleur Syndrome infectieux Obstruction biliaire
Colique hépatique +++ 0 0
Cholécystite aiguë +++ ++ 0
Angiocholite +++ +++ ++
Pancréatite aiguë ++++ Variable (rare) Variable (rare)

Cholécystite aiguë

Il s’agit de l’infection aiguë de la vésicule. La cholécystite aiguë lithiasique est due à une obstruction prolongée du canal cystique par un calcul.

Elle se traduit par un syndrome infectieux associé à des douleurs de l’hypochondre droit qui se prolongent au-delà de 24 heures, et des frissons. Il n’y a généralement pas d’ictère puisque la voie biliaire principale n’est généralement pas concernée par cette complication (obstruction biliaire associée < 10 %). L’examen clinique révèle une douleur et parfois une défense de l’hypochondre droit et de la fièvre. Sur le plan biologique, il existe une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles. Une perturbation du bilan hépatique (γ-GT, phosphatases alcalines, ALAT, ASAT, bilirubine) ou une réaction pancréatique (lipase > 3 N) doivent être cherchées. Des hémocultures doivent être faites.

L’échographie confirme le diagnostic en montrant un épaississement de la paroi vésiculaire > 4 mm (aspect en triple feuillet), associé à la présence d’un calcul vésiculaire et cherche des signes de complications comme un abcès de la paroi vésiculaire, un épanchement périvésiculaire ou une dilatation de la voie biliaire principale. Le passage de la sonde d’échographie sur la vésicule augmente les douleurs (fig. e13.2).

Les principales complications évolutives de la cholécystite aiguë sont la péritonite biliaire due à une perforation vésiculaire et la fistulisation biliaire dans le duodénum ou le côlon qui peut entraîner un iléus biliaire en cas de calcul volumineux.

À noter qu’il existe de rares causes de cholécystite alithiasique (qui se voit surtout chez les malades en réanimation avec défaillances viscérales multiples) (fig. 13.3 et 13.4).

Angiocholite aiguë

Il s’agit d’une infection aiguë de la voie biliaire principale.

Elle est généralement due à l’enclavement d’un calcul au niveau de l’ampoule de Vater (ampoule hépato-pancréatique). Elle peut plus rarement être due à des parasites migrants, comme l’ascaris en Asie du Sud-Est ou la douve. Une sténose de la voie biliaire principale par une tumeur (pancréas, voie biliaire principale), par des adénopathies ou par une pancréatite chronique est rarement la cause d’une angiocholite. Une manœuvre endoscopique comme la cholangiographie rétrograde endoscopique peut être à l’origine d’une angiocholite.

Elle se traduit par l’apparition successive en 48 heures de 3 signes :

  •  douleur biliaire ;
  •  fièvre ;
  •  ictère.

Le syndrome infectieux est souvent au premier plan. Il peut être sévère avec bactériémie voire choc septique entraînant une insuffisance rénale organique. Parfois, la lithiase de la voie biliaire principale peut ne se manifester que par l’un de ces 3 symptômes isolés (douleur ou ictère ou fièvre) ou l’association de 2 de ces symptômes.

La lithiase de la voie biliaire principale peut rarement être découverte de façon « fortuite » lors de la réalisation d’une imagerie abdominale pour l’exploration d’anomalies du bilan hépatique ou pour des symptômes non biliaires.

Biologiquement, il existe une cholestase avec une élévation de la bilirubine à prédominance conjuguée plus ou moins importante et une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles. Une cytolyse avec élévation des transaminases est fréquente à la phase aiguë de constitution de l’obstruction biliaire. La biologie peut mettre en évidence une complication : insuffisance rénale d’abord fonctionnelle puis rapidement organique (ionogramme sanguin et urinaire, créatininémie), thrombopénie septique, pancréatite aiguë. Des hémocultures, à effectuer systématiquement, sont souvent positives et mettent en évidence des germes d’origine digestive.

L’imagerie repose sur l’échographie en première intention. L’échographie peut montrer une lithiase vésiculaire, une dilatation de la voie biliaire principale et confirmer avec une sensibilité de 30 à 50 %, la présence de calcul(s) de la voie biliaire principale (fig. e13.5). Le scanner montre généralement des signes indirects biliaires comme la dilatation de la voie biliaire. Deux examens sont performants pour mettre en évidence une lithiase de la voie biliaire principale avec une sensibilité supérieure à 90 % : la cholangio-IRM (fig. e13.6) et l’écho-endoscopie (fig. 13.7). L’écho-endoscopie peut être réalisée immédiatement avant une cholangiographie rétrograde endoscopique avec sphinctérotomie endoscopique biliaire (vidéo 13.1).

Les principales complications évolutives de l’angiocholite sont le choc septique et l’angiocholite dite « ictéro-urémigène » c’est-à-dire associée à une insuffisance rénale parfois grave.


Pancréatite aiguë biliaire (cf. chapitre 35)

Elle peut ou non être associée à une angiocholite ou une cholécystite (vidéo 13.2).

Principes thérapeutiques

En fonction du type de complication, le traitement repose sur le traitement de la douleur, la prise en charge du syndrome infectieux, la désobstruction de la voie biliaire principale, l’ablation de la vésicule.

Calculs vésiculaires asymptomatiques

Dans la quasi-totalité des cas, aucun traitement n’est nécessaire. La découverte d’un polype vésiculaire supérieur à 0,8 cm doit conduire à la cholécystectomie.

Colique hépatique

Le traitement de la douleur est réalisé en urgence par voie parentérale. Il associe des antispasmodiques comme le phloroglucinol ou le trimébutine, des antalgiques et des anti-inflammatoires en l’absence de contre-indication. Une fois la crise douloureuse calmée et en l’absence d’obstacle de la voie biliaire principale, une cholécystectomie doit être réalisée rapidement (< 1 mois) afin d’éviter une récidive ou une complication.

Cholécystite aiguë

La prise en charge médicale inclut un remplissage vasculaire adapté, une antibiothérapie de première intention à large spectre dirigée vers les germes digestifs et secondairement adaptée à un antibiogramme réalisé soit à partir d’hémocultures, soit d’un prélèvement peropératoire de la bile vésiculaire et un traitement de la douleur par des antalgiques de niveau 1 ou 2.

La cholécystectomie doit être réalisée en urgence (fig. 13.8 cahier quadri, planche 8). Il n’est pas souhaitable de « refroidir » la cholécystite et de différer l’intervention.

Si un calcul de la voie biliaire principale est associé à la cholécystite, il est traité soit chirurgicalement ou endoscopiquement (sphinctérotomie) dans le même temps opératoire soit secondairement (cholangiographie rétrograde endoscopique) et un drain cholédocien est alors laissé en place.

Angiocholite

Le traitement médical est identique à celui de la cholécystite aiguë. Selon l’état du malade, une hospitalisation en soins intensifs ou en soins continus doit être discutée.

La désobstruction de la voie biliaire par sphinctérotomie endoscopique biliaire au cours d’une cholangiographie rétrograde endoscopique est une urgence absolue. Si cette technique n’est pas disponible en urgence et si l’état du malade est instable, un drainage transcutané des voies biliaires doit être mis en place sous guidage échographique (ce geste n’est possible que si les voies biliaires intrahépatiques sont suffisamment dilatées). La réalisation secondaire d’une cholécystectomie dépend du terrain du malade (âge physiologique) et de la présence ou non d’une cholécystite.

La cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) est un geste endoscopique interventionnel qui est effectué sous anesthésie générale avec un matériel endoscopique dédié (duodénoscope à vision latérale). La CPRE permet l’abord de la voie biliaire principale puis une sphinctérotomie endoscopique avant extraction instrumentale du calcul (fig. 13.9 cahier quadri, planche 4). Le risque de complication de la CPRE ± sphinctérotomie endoscopique est compris entre 5 et 10 % avec par ordre décroissant, la pancréatite aiguë, l’hémorragie, l’infection et la perforation duodénale (vidéo 13.3).


Calculs de la voie biliaire principale en dehors de l’angiocholite

La découverte fortuite (situation rare) ou dans l’exploration d’anomalies biologiques de calculs de la VBP justifie la désobstruction de celle-ci sauf chez les sujets d’âge physiologique élevé. Plusieurs stratégies thérapeutiques non consensuelles peuvent être proposées :

  •  cholécystectomie avec désobstruction peropératoire de la VBP, par cœlioscopie ou laparotomie ;
  •  cholécystectomie puis sphinctérotomie endoscopique biliaire par endoscopie ;
  •  sphinctérotomie endoscopique biliaire puis cholécystectomie.
  1.  La lithiase biliaire est très fréquente.
  2.  Les facteurs de risque sont l'âge, le sexe féminin, le surpoids et la multiparité.
  3.  Elle est le plus souvent asymptomatique et ne nécessite alors aucun traitement.
  4.  Le traitement de la lithiase repose sur la cholécystectomie et/ou la sphinctérotomie endoscopique en cas de lithiase de la voie biliaire principale associée.
  5.  Les manifestations cliniques peuvent être de gravité variée, et sont : la colique hépatique, la cholécystite, l'angiocholite, la pancréatite aiguë biliaire.
  6.  Le diagnostic de lithiase vésiculaire repose sur l'échographie.
  7.  La cholangio-IRM et l'écho-endoscopie sont les examens les plus sensibles pour détecter un calcul de la voie biliaire principale.
  8.  La cholécystite aiguë lithiasique se traduit par un syndrome infectieux associé à des douleurs de l'hypochondre droit qui se prolongent, une hyperleucocytose ; l'échographie montre un épaississement de la paroi vésiculaire > 4 mm, associé à la présence d'un calcul vésiculaire et cherche des signes de complication.
  9.  Le traitement de la cholécystite est la cholécystectomie sans délai.
  10.  L'angiocholite aiguë lithiasique se traduit par l'apparition successive de 3 signes : douleur biliaire, fièvre, ictère. Le syndrome infectieux peut être sévère avec septicémie voire choc septique entraînant une insuffisance rénale organique. Biologiquement, il existe une cholestase, une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles. Il faut en urgence débuter une antibiothérapie et désobstruer la voie biliaire principale.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz